ALAIN BASHUNG – 1991

 

SÉLECTION PERSONNELLE L'ouvrage "LA DISCOTHÈQUE PARFAITE DE LA CHANSON FRANÇAISE" de Gilles Verlant et Stan Cuesta est mis à l’honneur dans les pages "LECTURES" de ce Website via quelques fragments choisis, expositions orientées, chroniques d’albums familiers dont la résonance perdure.

ALAIN BASHUNG

OSEZ JOSÉPHINE – 1991

Certains albums semblent touchés par la grâce, empreint d’une évidence absolue, résultats d’une alchimie rare et réussie. Tout y coule de source, la musique, les arrangements, le son, la voix, les textes, l’atmosphère générale. C’est le cas de ce fantastique huitième album de Bashung, qui sera aussi celui de son accession à un statut supérieur. Au début des années 1990, le chanteur a déjà – presque – tout fait, tout connu : la galère, le succès fulgurant (Gaby, Vertige de l’amour), le disque culte (« Play Blessures », écrit avec Gainsbourg), l’album difficile encensé par la critique (« Novice »), etc. Et c’est comme si « Osez Joséphine » réalisait enfin la synthèse de toutes les facettes de cet artiste complexe : un disque à la fois exigeant et lumineux, qui prend des risques sans laisser personne en plan sur le bord de la route…

Bashung y semble détendu et renoue avec les musiques qui l’ont inspiré à ses débuts. Il enregistre pour la première fois aux États-Unis, à Memphis, dans les mythiques studios Ardent (fief du méconnu Big Star, le sublime groupe pop seventies du chanteur Alex Chilton) avec d’impeccables musiciens du coin, dont l’excellent guitariste Sonny Landreth, qui donne au disque son atmosphère à la fois roots et éthéré. Comme un retour aux sources fantasmées de sa musique, il reprend – pour la première fois encore – quatre classiques qui illustrent bien ses influences : rock (le Well Allright de Buddy Holly qui sied parfaitement à sa voix), country (Blue Eyes Crying in the Rain, standard chanté par tout le monde, de Willie Nelson à Elvis Presley), folk ( She Belongs to Me de Dylan) et pop (une version décharnée du Nights in White Satin des Moody Blues).

D’un autre coté, avec son fidèle parolier, Jean Fauque, dont la présence est ici plus importante que jamais – et qui participe aux séances dans une ambiance très relax -, il innove avec des titres originaux de toute beauté : Osez Joséphine et ses guitares carillonnantes, Madame rêve avec son texte et ses cordes superbes, J’écume, Volutes, etc.

Cet album, incontestable réussite, obtiendra un succès commercial et critique, des récompenses (deux Victoires de la musique sur cinq nominations) et – bien plus important – accédera très vite à la dimension de classique intemporel.

(Pour son premier disque américain, Bashung ne file pas – comme tout un chacun – à New York ou à L.A., mais au cœur même du pays, là où est né le rock’n roll. C’est dans la ville du King Elvis qu’il enregistre ce chef-d’œuvre, avec de formidables musiciens du cru : Sonny Landreth, bien sûr, mais également un autre guitariste, à la présence discrète mais ô combien efficace, un certain Bernie Leadon. Cette star inconnue est en effet un géant du country-rock, fondateur, avec Gram Parsons, des Flying Burritos Brothers, puis des Eagles, qu’il avait quittés après quatre albums ( les meilleurs) parce qu’ils devenaient trop énormes !)

 

Ecoutez l’album « OSEZ JOSÉPHINE» d’Alain Bashung

 

Chronique extraite de l'ouvrage LA DISCOTHÈQUE PARFAITE DE LA CHANSON FRANÇAISE de Gilles Verlant et Stan Cuesta - 2011. Editions FETJAINE