CHARLES AZNAVOUR – 1971

 

SÉLECTION PERSONNELLE L'ouvrage "LA DISCOTHÈQUE PARFAITE DE LA CHANSON FRANÇAISE" de Gilles Verlant et Stan Cuesta est mis à l’honneur dans les pages "LECTURES" de ce Website via quelques fragments choisis, expositions orientées, chroniques d’albums familiers dont la résonance perdure.

CHARLES AZNAVOUR

IDIOTE JE T’AIME – 1971

Au début des années 1970, Charles Aznavour pourrait passer pour un vieux chanteur – plus de vingt-cinq ans de carrière ! – dépassé par les nouvelles générations, Mai 68, la pop music, les hippies, etc. Mais pour celui qui déjà, dix ans plus tôt, avait résisté à la vague yé-yé – il en avait même profité en écrivant plusieurs succès pour Johnny et Sylvie – est loin d’être largué. Il s’en amuse et prend même le contre-pied de l’air du temps tout en l’intégrant à sa musique avec Les plaisirs démodés, immense tube faussement réactionnaire, alternant passages rock frénétiques tout à fait réussis (Les danseurs sont en transe / Ils semblent sacrifier à des rites barbares) et nostalgie d’un temps passé sur fond de jazz désuet (Retrouvons les plaisirs démodés / Dansons joue contre joue)… Il fallait un sacré savoir-faire pour réussir une telle prouesse musicale. Aznavour prouve ici qu’il en possède plus qu’il n’en faut !

L’autre grand sommet du disque est évidemment Comme ils disent, formidable évocation de l’homosexualité. Ceux qui n’attendaient pas Aznavour sur ce terrain là ont un peu vite oublié qu’il a toujours su choisir et traiter à la perfection des thèmes « dérangeants » pour son époque. Magnifiquement écrite et soutenue par une musique impeccable, la chanson sera un succès sans précédent.

A noter aussi le superbe Non je n’ai rien oublié, qui ouvre l’album en beauté, un titre épique de six minutes trente intenses et nostalgiques, l’un des plus grands du chanteur, toutes périodes confondues.

Ce disque se partage effectivement entre des chansons d’amour et d’autres à caractère plus social, qui indiquent très clairement qu’Aznavour n’est pas sourd à l’évolution du monde. Ainsi la très belle Mourir d’aimer, chanson du film du même nom qui raconte l’histoire de Gabrielle Russier, cette professeur ayant fait scandale pour avoir aimé un de ses étudiants et qui finit par se suicider. Mais Aznavour, qui vient de se remarier, est aussi un homme heureux, et il le chante sur Je t’aime ou Ma femme, sans oublier l’étonnant Idiote je t’aime, une déclaration assez… originale, sur une musique très accrocheuse.

Avec cet album magistral, Aznavour se renouvelle une fois de plus et prouve de la plus belle des manières que le talent défie le passage du temps et des modes.

 

Ecoutez l’album « IDIOTE JE T’AIME » de Charles Aznavour

 

Chronique extraite de l'ouvrage LA DISCOTHÈQUE PARFAITE DE LA CHANSON FRANÇAISE de Gilles Verlant et Stan Cuesta - 2011. Editions FETJAINE