Gérard Manset – 1989

 

SÉLECTION PERSONNELLE L'ouvrage "LA DISCOTHÈQUE PARFAITE DE LA CHANSON FRANÇAISE" de Gilles Verlant et Stan Cuesta est mis à l’honneur dans les pages "LECTURES" de ce Website via quelques fragments choisis, expositions orientées, chroniques d’albums familiers dont la résonance perdure.

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GERARD MANSET

MATRICE – 1989

Après les deux merveilles qu’étaient « 2870 » (1978) et « Royaume de Siam » (1979), Manset continue à produire d’excellents albums à un rythme soutenu (« L’Atelier du crabe », « Le Train du soir », « Comme un guerrier »), jusqu’à l’aboutissement sobre et hypnotique de « Lumières », en 1984. Puis il arrête.

Cinq ans plus tard, le revoici, avec l’un de ses meilleurs disques, même si celui-ci s’avère d’une facture relativement surprenante. C’est un album plus dur, cru, brut et urbain que par le passé. Doté d’un son qui cogne, d’entrée, avec Banlieue nord, sorte de rock métronomique à la batterie martiale et aux guitares saturées presque hard – dues à Mike Lester, un vieux pote rocker, l’équivalent de Micky Finn pour Nino Ferrer -, un peu daté et en même temps intemporel, parce que c’est du Manset, et que ça ne se compare à rien d’autre qu’à du Manset…

Tous les titres de l’album sont magnifiques, à l’image D’Avant l’exil, une ballade dans le style classique du chanteur, héroïque, grandiose, évoquant des civilisations lointaines auxquelles il s’identifie, ou Filles de jardins avec ses somptueux arrangements, entremêlant violons et guitares saturées dans la lignée de son chef-d’œuvre méconnu sorti dix ans plus tôt, « 2870 ». Solitude des latitudes, magnifiquement chanté en falsetto, nous plonge en pleine poésie nostalgique. C’est beau, tout simplement. Et ça repart immédiatement pour l’enfer avec Camion bâché, tout en violence contenue, pour s’apaiser sur le superbe Toutes choses aux délicats entrelacs de guitares.

L’album se conclut sur la chanson qui lui donne son nom, probablement son sommet, plus de dix minutes de désespérance qui commencent doucement pour atteindre un tempo et un débit frénétique, un rythme entraînant qui contraste superbement avec le propos, d’une noirceur absolue. Du grand Manset, comme quasiment chaque fois, soit une musique d’une beauté indescriptible, incomparables, des chansons sombres, parfois incompréhensibles, qui plongent l’auditeur dans un univers inconnu, splendide et inquiétant.

Ce franc-tireur solitaire et mystérieux confirme encore ici qu’il est un de nos plus grands artistes. Dans la foulée, il enchaîne avec d’autres albums tout aussi léchés et indispensables, semblant ne plus jamais vouloir s’arrêter. Tant mieux pour nous.

Cet album, plus rock et plus sombre que les précédents, sera le premier de son auteur à être certifié disque d’or (100.000 exemplaires vendus). Pourtant Manset n’apparaît jamais sur scène ni à la télévision. Et passe très peu à la radio. La ténacité paie… Il est assez inhabituel de rencontrer le succès (même relatif) au bout de vingt ans de carrière. Mais tout chez Manset est inhabituel.

 

Ecoutez la chanson « Toutes choses » de Gérard Manset

Chronique extraite de l'ouvrage LA DISCOTHÈQUE PARFAITE DE LA CHANSON FRANÇAISE de Gilles Verlant et Stan Cuesta - 2011. Editions FETJAINE