SERGE LAMA – 1973

 

SÉLECTION PERSONNELLE L'ouvrage "LA DISCOTHÈQUE PARFAITE DE LA CHANSON FRANÇAISE" de Gilles Verlant et Stan Cuesta est mis à l’honneur dans les pages "LECTURES" de ce Website via quelques fragments choisis, expositions orientées, chroniques d’albums familiers dont la résonance perdure.

SERGE LAMA

JE SUIS MALADE – 1973

Serge Lama a toujours eu un pied dans la chanson dite « rive gauche » et un autre dans la variété. Il débute à l’Écluse au début des années 1960 grâce à Barbara, puis à Bobino en première partie de Brassens. Après un grave accident de voiture en 1965, alors que sa carrière était en train de décoller, il revient avec Les Ballons rouges (qu’il enregistre sur une civière en 1967). Le grand succès lui tend les bras l’année suivante avec D’aventures en aventures (l’album remporte le prix Charles-Cros).

On raille alors, ou on apprécie, son obsession pour Jacques Brel, que son chant déclamatoire rappelle souvent. Pourtant, ses grands succès du début des années 1970 l’entraînent vers un style populaire proche de la variété, avec une touche de grivoiserie bien française, comme l’illustre cet album, l’un des sommets de sa carrière et probablement son plus connu, à juste titre.

Il s’ouvre sur sa chanson emblématique, Je suis malade – immédiatement reprise par Dalida -, écrite par sa complice Alice Dona (qui lui concoctera un autre de ses grands succès, Femmes, femmes, femmes). C’est fort, puissant, martial, parfois touchant (Les Glycines), même si on a toujours l’impression que le chanteur essaie de passer en force, comme une armée qui écraserait tout sur son passage. Pas étonnant que, fasciné par Napoléon, il monte dans les années 1980 une comédie musicale inspirée de la vie de l’empereur. Serge Lama fait d’ailleurs penser, avec sa grosse voix puissante et son coté politiquement incorrect, à cet autre chanteur maudit de l’époque, Michel Sardou, lui aussi évoquant parfois plus un militaire qu’un artiste.

Et puis, il y a ces fameuses chansons paillardes, dont la plus connue est ici Les P’tites Femmes de Pigalle, qui ne doit pas faire oublier ce sommet de bon goût qu’est Le Gibier manque et les femmes sont rares (Chantent en cœur les quatre-vingts chasseurs… Heureusement qu’il reste des fanfares, du vin à boire et des filles qu’ont du cœur).

Le reste est du même tonneau, du misogyne La Crise de nerfs au sinistre Mariages d’un jour… Toutefois, Lama est aussi capable d’émotions plus subtiles, ce qu’il prouve avec les touchantes A chaque son de cloche, L’Enfant d’un autre ou La chanteuse a vingt ans.

On comprend à l’écoute de cet album, à la fois sensible et franco-français, que Serge Lama ait toujours réussi à connaître un large succès, sans jamais vraiment obtenir la reconnaissance critique qu’il désirait probablement en secret – et qu’il méritait.

 

Ecoutez l’album « JE SUIS MALADE » de Serge Lama

 

Chronique extraite de l'ouvrage LA DISCOTHÈQUE PARFAITE DE LA CHANSON FRANÇAISE de Gilles Verlant et Stan Cuesta - 2011. Editions FETJAINE