SERGE REGGIANI – 1967

 

SÉLECTION PERSONNELLE 

L'ouvrage "LA DISCOTHÈQUE PARFAITE DE LA CHANSON FRANÇAISE" de Gilles Verlant et Stan Cuesta est mis à l’honneur dans les pages "LECTURES" de ce Website via quelques fragments choisis, expositions orientées, chroniques d’albums familiers dont la résonance perdure.

SERGE REGGIANI

SERGE REGGIANI. ALBUM 2 – 1967

Vedette de cinéma depuis les années 1940, Serge Reggiani commence une carrière de chanteur à plus de 40 ans. En 1966, il chante à Bobino en première partie partie de Barbara. C’est Jacques Canetti, rencontré chez Yves Montand et Simone Signoret, qui a persuadé cet « inconnu célèbre » de chanter, lui proposant bien sûr d’enregistrer… un album de chansons de Boris Vian ! Barbara l’aide à travailler sa voix atypique, et le succès viendra avec ce deuxième album, en 1967, pour lequel le gratin de la chanson d’auteur se bouscule afin de lui écrire quelques classiques.

Georges Moustaki, dont il sera l’interprète de prédilection, et qui n’est pas encore une vedette, lui offre trois titres magnifiques : Sarah (La femme qui est dans mon lit / N’a plus vingt ans depuis longtemps), Ma liberté et Ma solitude, qu’il reprendra lui-même à son compte sur ses albums à venir. A Gainsbourg, Reggiani emprunte Maxim’s (extrait de « Confidentiel »), tandis qu’il chante encore deux titres de Vian, La vie c’est comme une dent et Le Déserteur, en ouverture duquel il récite un extrait du Dormeur du val d’Arthur Rimbaud. Il renouvelle ce mélange poésie/chanson, avec Le Pont Mirabeau d’Apollinaire, enchaîné avec Paris ma rose.

Mais le grand moment du disque, qui fera date, c’est sa première chanson, l’épique Les loups sont entrés dans Paris, évocation du nazisme où ses talents de comédien renforcent la puissance de sa performance. Reggiani brillera toujours dans la chanson engagée, faisant appel à d’autres grands auteurs comme le débutant Maxime Le Forestier (Ballade pour un traître, sur « Je voudrais pas crever »).

Mais il se spécialisera également dans l’interprétation saisissante – grâce à sa voix hors du commun, chargée d’une intense émotion – de chansons tristes à pleurer, comme ici Le Petit Garçon, un texte absolument ravageur de Jean-Loup Dabadie sur une musique de Jacques Datin. Le duo récidivera sur ses albums suivants avec Il suffirait de presque rien (sur « Et puis… », en 1968, qui contient également Madame Nostalgie de Moustaki) ou L’Italien (« Rupture » en 1971).

Dès sa parution, ce disque superbe installe Serge Reggiani au panthéon des grands de la chanson française, en prouvant toute l’étendue du talent d’un interprète qui saura toujours s’entourer des meilleurs auteurs.

 

Ecoutez l’album SERGE REGGIANI. ALBUM 2

 

Chronique extraite de l'ouvrage LA DISCOTHÈQUE PARFAITE DE LA CHANSON FRANÇAISE de Gilles Verlant et Stan Cuesta - 2011. Editions FETJAINE